Depuis maintenant plusieurs mois, une liste de produits contenant du sésame traité à l’oxyde d’éthylène ne cesse de s’allonger (1).

Pour tenter de nous rassurer, il est dit sur le site de la DGCCRF  « Des investigations sont actuellement en cours en lien avec la Commission européenne pour identifier l’origine de cette contamination. »

Ça me rappelle l’histoire de l’huile de tournesol contaminée à l’huile moteur en 2008, pour laquelle on nous a dit qu’après tout, quelques grammes d’huile minérale ne sauraient nuire à la santé, même pas celle d’un enfant (2).

C’est au moins l’occasion de se rendre compte qu’il y a du sésame partout, qu’étrangement, la même contamination se retrouve dans des produits certifiés bio, et d’autres qui ne le sont pas.

C’est évidemment une marque d’attention des fabricants qui mettent du bio sans nous le dire, pour notre plaisir et notre santé.

J’ai lu dans un article que les industriels se sont défendus avec un argument si frappé au coin du bon sens qu’il m’a presque convaincu : s’ils n’ont pas testé la présence d’oxyde d’éthylène, c’est parce que celui-ci est interdit en Europe.

Quelle sincérité, quel pragmatisme, quelle efficacité, d’autres entreprises pourraient les prendre en exemple:
- Plus de vigile dans les supermarchés puisqu’il est interdit de voler
- Plus de coffres forts dans les banques puisqu’il est interdit de les braquer

Les services de l’état devraient aussi en prendre le la graine afin de réaliser de très substantielles économies:
- Suppression de tous les radars puisqu’il est interdit de rouler trop vite
- Plus de contrôles fiscaux puisque la fraude fiscale est interdite

Et bien entendu, disparition des policiers, gendarmes, juges, tribunaux, prisons : personne ne fait rien de mal puisque c’est interdit

Il faut quand même penser à garder l’armée : la guerre ce n’est pas bien, mais pas encore interdit.

Le week-end dernier, avec le journal du dimanche, il y avait un supplément sur les métiers d’avenir.

L’informatique y tenait une bonne place, et en particulier les développeurs, qui seraient très recherchés : il est question de 150 000 postes créés cette année (je soupçonne l’auteur de l’article de souffrir d'un sévère excès d'optimisme)

L’article précise aussi que le salaire des débutants est de 40K annuels.

L'emploi en chiffres

L’emploi informatique représentait en 2017 3,2% de l’emploi total en France (source Dares : https://dares.travail-emploi.gouv.fr/sites/default/files/pdf/dares_inseereferences_metiers_numerique_2019.pdf )

40% de ces emplois sont en île de France, 20% seulement des employés on plus de 50 ans (contre 32% en moyenne en France), les moins de 30 ans représentent 30%.

D’après le Syntec numérique, il y aurait 150 00 créations de postes par an : https://syntec-numerique.fr/actu-informatique/combien-secteur-numerique-cree-t-il-emplois

Et pourtant…

Il est prévu par la DARES 110000 créations de poste, mais de 2012 à 2022, soit 11 000 par an.

D’après France stratégie (rapport de 2015 : les métier en 2022):

https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs_rapport_metiers_en_2022_27042015_final.pdf


Pour les métiers de l’informatique : « un taux de création nette qui pourrait dépasser 1,7 % par an d’ici à 2022. »  , soir 13600 postes par an, on est loin des 150 000 du Syntec, mais proche de la DARES.

L’informatique n’est pas, et de loin, le secteur le mieux loti pour les créations d’emploi,  une bonne part n’y étant que des remplacements, pas des créations nettes

Le pôle emploi dit la même chose:

51000 projets de recrutement, mais il ne s’agit pas de créations : dans un secteur où le turn-over est d’environ 20%, le simple remplacement des salariés pourrait générer 150 000 offres d’emploi par an (beaucoup moins puisque beaucoup de recrutement se font par cooptation, connaissance, etc. et ne donnent pas lieu à la publication d’une offre)


Sachant qu’il y a environ 270 000 développeurs en France (https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-portrait-robot-du-developpeur-en-france-74809.html) , avec 58% ayant moins de 10 ans d’expérience, il est compréhensible de voir beaucoup d’offres pour des postes sur lesquels il n’est pas possible de rester longtemps.


Et les salaires


D’après l’enquête de l’usine nouvelle en 2017, le salaire moyen brut en sortie d’école d’ingénieur est de 39 722 euros
(c’est environ 5000 euros de moins par an pour les diplômés de l’université), soit sensiblement celui qui serait proposé pour des développeurs débutants.

Mais il ne s’agit pas spécifiquement d’informaticiens, même si les ESN (entreprises de service du numérique, ex-SSII) aiment beaucoup recruter des bac+5 pour des emplois de techniciens, qui, il y a 15 ans, étaient occupés par des bac+2.

https://emploi.developpez.com/actu/290185/Diplomes-de-Master-2016-plus-de-5000-dans-la-filiere-informatique-avec-un-taux-d-insertion-professionnelle-de-95-pourcent-a-18-mois-et-97-pourcent-a-30-mois-apres-l-obtention-de-leur-titre-universitaire/

Concernant le salaire des développeurs, les chiffres les plus fantaisistes circulent:

Si on regarde https://www.carriere-info.fr/salaire/metier-developpeur.html
la fourchette va de 17k à 35k

D’après https://www.salairemoyen.com/salaire-metier-1581-Developpeur_informatique_.html

La moyenne est de plus de 50k par an. (Sans rire ? En Province ? Je peux poster mon CV ?)

D’après https://fr.indeed.com/career/d%C3%A9veloppeur/salaries

Les développeurs de base sont à près de 40k.

Mais d’après https://www.cidj.com/metiers/developpeur-developpeuse-informatique#:~:text=Les%20salaires%2C%20plut%C3%B4t%20%C3%A9lev%C3%A9s%20dans,%C3%A0%20exclure%20par%20la%20suite.

Il faut compter sur 2100 euros bruts mensuels, soit environ 25k, ce qui me semble, de très loin, le plus réaliste, surtout en province.

Mais plutôt que de parler d’embellie, de recrutement massif, de pénurie, de salaires élevés, les « journalistes » qui publient ces fantasmes devraient aller voir ce qui se passe vraiment dans les ESN.

Celle dans laquelle je suis n’est pas une exception: il y a des gens qui n’ont pas été augmentés puis 15 ans, dans mon cas c’est 2% (en tout) en 10 ans (autant dire que j’ai perdu au moins 20% de pouvoir d’achat en tenant compte de l’inflation, des hausses de charges, d’impôts, etc.), pourtant mon salaire est proche de ceux de soi-disant développeurs débutants du premier article cité.

La vérité est qu’il y a trop de monde sur le marché, des donneurs d’ordre qui tirent les prix vers bas, et le jeunisme.

Le site munci.org était le seul, à ma connaissance, qui décrivait avec précision ce marché si particulier, mais il est fermé depuis des mois.

Il ne reste donc que des articles qui survolent le sujet en décrivant un eldorado qui n'existe plus depuis longtemps.