Voilà, c’est fait, je viens de franchir la très symbolique et fatidique cinquantaine.



Etant droitier j’ai immédiatement regardé mon poignet gauche afin d’y rechercher une preuve de réussite : mais pas de Rolex en vue, j’ai donc raté ma vie.



En plus, c’est l’entrée dans l’âge mûr, qui, comme disait Desproges, précède par définition l’âge pourri.



Ce grand âge maintenant atteint me permet de mesurer à quel point le monde a changé depuis que j’ai commencé à travailler.



De mon temps, bande de jeunes ignorants, il y avait des offres d’emploi  (1) imprimées dans des journaux spécialisés dans l’informatique.



Il fallait faire un beau CV, en noir et blanc parce les imprimantes couleurs ne couraient pas les rues, sans fioritures (de toutes façons impossibles à faire avec un PC de base qui coûtait 2 mois de salaire), et l’accompagner d’une lettre manuscrite (et souvent « obligatoirement manuscrite »).



Aujourd’hui, à en croire nos élites, c’est bien plus simple.

Il suffit de traverser la rue pour trouver un travail, puis pouvoir s’acheter un costume, et enfin traverser le hall de la gare en ayant réussi, étant autre chose que « rien ».



C’est beau le progrès.



(1) Des vraies offres, il y avait vraiment un ou plusieurs postes à pourvoir, le temps du « sourcing » pour remplir des banques de CV n’était pas arrivé, et le web non plus.

Dans la plupart des grandes entreprises, l’accès aux locaux, et parfois à d’autres services, se fait avec un badge.

Afin de ne pas mélanger torchons et serviettes, les prestataires de service ont le plus souvent un badge de couleur différente.

Lorsque durant une mission il m’arrive de croiser un ancien collègue qui a été embauché par ce client, sa première réaction n’est pas de me saluer, mais de vérifier la couleur de mon badge, en le retournant si nécessaire.

Ce n’est qu’après qu’il prendra le temps de me dire qu’il a oublié mon nom et l’endroit où on nous avions travaillé ensemble.

Mais maintenant il sait que je ne fais pas parti des élus, et que je ne dois vraiment pas être très doué pour être encore en ESN à mon âge.

Il passe ensuite quelques minutes à m’expliquer que tout n’est pas si facile, même quand on n’est plus prestataire, qu’il y a la pression, tout ça.

Tu penses ! 30% de salaire en plus, des augmentations régulières, 2 ou 3 semaines de congés supplémentaires, la possibilité d’évoluer et même de changer de métier, et un CE généreux, quel enfer (1) ! Si c’est si difficile, les ESN recrutent, je peux coopter.

Il n’a pas le temps de m’écouter lui raconter ce que j’ai fait depuis toutes ces années, mais prend poliment, et surtout rapidement, congé, afin de ne pas trop verser dans le social ou laisser penser qu’il aurait un semblant de considération pour celui qui n’est qu’un intrus dans « son » entreprise.

C’est comme ça la vie de prestataire.



(1)    Si, si, c’est encore le cas dans beaucoup de grandes entreprises dans lesquelles j’ai été prestataire

Tous les ans, c’est le même rituel : les entretiens annuels, qui prennent des noms différents selon les entreprises, mais recouvrent la même triste réalité : faire semblant d’évaluer les employés.

Le but de ces entretiens est d’occuper les managers dispensables en leur donnant l’occasion de s’imaginer posséder un pouvoir qu’ils n’ont pas.

En effet, les décisions sont prises en haut lieu, où des idiots inutiles décident de ne pas augmenter la majorité des salariés en faisant mine de tenir compte de l’avis des idiots utiles que sont les « managers » qui font passer ces entretiens.

Bien entendu, tous les ans, le manager change afin de prétende ne rien savoir de vos activités passées ni de vos compétences ou envies d’évolution, et donc de ne pouvoir appuyer une demande d’augmentation ou de changement de statut.

Cette année, le brillant chef (ou directeur) de feuille Excel de son état, qui m’a fait passer cet inutile entretien a innové en tentant mettre un titre parlant sur mon CV.

Il ne semble pas au courant qu’après des années de missions sans lien entre elles, dans des domaines et des entreprises hétéroclites, je suis devenu si polyvalent qu’il est possible de me vendre sur n’importe quelle mission.

Enfin presque, n’étant évidemment pas « manager », je ne peux rien gérer.

Mais en fait, si, au gré des missions je suis déjà devenu chef de ceci ou administrateur de cela, mais juste le temps d’une mission, afin de faire plus de marge sur mon dos.

L’entretien s’est très bien passé : le résultat sera une année supplémentaire sans augmentation, sans formation ni perspective d’évolution.

Mais alors, pourquoi ne pas tenter ma change ailleurs ? Doit se demander le lecteur attentif (mais y en a-t-il ? (des lecteurs, pas des gens attentifs))

Simplement parce que personne ne recrute vraiment, les recrutements consistent à remplacer les départs (Le turnover moyen doit dépasser les 20%). Il est même probable que le nombre de postes créés chaque année soit inférieur au nombre de diplômés.

En plus, j’ai presque atteint l’âge fatidique d’une demi-siècle, ce qui rend tout recrutement impossible (ou presque, sur un malentendu peut-être, et encore en CDD ou intérim)

La seule parade que j’ai trouvée est de fournir à mon employeur une quantité de travail directement corrélée à ma rémunération.

Je tiens évidemment compte de l’inflation, et même du prélèvement à la source : je vous laisse imaginer ma productivité actuelle.

C’est pourtant suffisant pour que le client soit content.

Alors en attendant, j’attends.

Depuis peu mon domicile héberge un chaton.

L’observation attentive de cet animal m’a immédiatement fait penser à un mauvais manager (et j’en ai vu beaucoup) :

    -    Il dort l’essentiel de son temps, mais ses quelques heures d’activité suffisent à vous épuiser tellement il vous sollicite

    -    Il la joue « patte de velours » mais vous lacère sans préavis

    -    Il ne répond jamais quand on l’appelle, mais hurle à la mort s’il a besoin de vous

    -    Il se prend pour un prédateur, mais pleurniche si tout ne lui est pas servi sur un plateau

    -    Comble du carriérisme : même tout seul, il essaye de se lécher le cul


Je verrai si en devenant adulte le chaton devient un meilleur manager

En France l’état se mêle de tout, c’est pour ça qu’il occupe autant de monde.

Il s’occupe même de taille de la police de caractère qui sera sur les bulletins de paye en janvier prochain.

Puisque le prélèvement à la source va faire baisser le net à payer, nos brillants dirigeants ont imaginé une astuce en adaptant le code du travail :

« Pour la composition de la mention “Net à payer avant impôt sur le revenu” et de la valeur correspondant à cette mention, il est utilisé un corps de caractère dont le nombre de points est au moins égal à une fois et demi le nombre de points du corps de caractère utilisé pour la composition des intitulés des autres lignes. » (1)

Ce tour de passe-passe a pour but de mieux faire passer la baisse du net perçu par les 17 millions de foyers soumis à l’impôt sur le revenu.

Personnellement, j’ai plus que jamais l’impression d’être pris pour un con, je suis heureusement vacciné par mon employeur (et j'ai régulièrement des rappels).

Cette mesure est d’ailleurs une demie-mesure : quitte à afficher un montant virtuel qui ne sera pas versé, pourquoi ne pas avoir affiché 1 million d’euros pour tout le monde ?


   (1)    extrait du journal officiel : https://www.legifrance.gouv.fr/eli/arrete/2018/5/9/CPAS1812606A/jo/texte



Me promenant dans une foire de printemps, j’ai été interpellé par un camelot me promettant « une toiture achetée, une toiture offerte ! » .

Comme il m’a vu sourire, il a pensé m’avoir intéressé : « ah, voyez ! Ça vous parle ! ».

Je lui ai précisé qu’étant locataire, je devais décliner son offre.

Je l’aurai déclinée de toutes façons : pas besoin d’être expert comptable pour savoir que si la deuxième est gratuite, c’est que la première est vendue plus de deux fois son prix.

Il avait l’air content, tout le monde ne sait pas compter.

La nouvelle est tombée vendredi dernier, le sous-fifre devant me l’annoncer n’ayant pas le courage de le faire, il a envoyé un sous-sous-fifre.

La voici : pour la 7ème année consécutive et malgré de forts bons retours sur les missions que j’effectue, mon augmentation de salaire sera de 0% (zéro pour cent, que dalle, peanuts, nib, nada, voyez ?).

Pourtant, des collègues qui font le même travail que moi, mais qui ont 10 ans de moins, gagnent plus.

Dans le même temps mes chers leaders servent à qui veut l’entendre des « on a du mal à recruter ».

Sachez que les « difficultés de recrutement dans l’informatique », ce n’est pas une news, ce n’est pas non plus une fake-news, mais bien une défèque-news.

Comme son nom l’indique, cette dernière est généralement émise par un trou-du-cul.


Mon employeur, après m’avoir vendu pendant 1 mois pour presque 2 fois ce que je lui coûte (c’est à dire plus de 3 fois mon salaire net) sur une mission totalement en dehors de mes compétences, a retrouvé mon CV.

Il y a une bonne quinzaine d’années, j’ai développé pendant quelques mois en ABAP, le langage de SAP.

Selon les dires de mon manager à l’universelle incompétence technique : « c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas ».

Je ne sais pas si vous voyez le niveau de mépris pour la technique - et ceux qui en font - de ce guignol.

D’abord parce que je n’ai pas fait de vélo depuis plus de 30 ans, mais surtout parce qu’un environnement comme SAP et son langage, ça s’oublie d’autant mieux que je n’en ai jamais été un spécialiste.

Mais le pantin qui fera son chiffre sur mon dos s’en fout, d’autant plus que lors de mon prochain entretien annuel, il m’expliquera que cette mission technique de débutant ne m’ayant rien apporté, je n’aurai pas d’augmentation.

Pas de panique toutefois : plus de 25 ans d’expérience m’ont appris que ce n’est pas au travail que le cerveau s’use sur des problèmes ardus, et que google est l’ami du développeur.

De toutes façons, étant payé pour faire 37h30 par semaine, il est hors de question que j’en fasse plus.

Une nouvelle mission signifie souvent renoncer à ce qui m’aurait intéressé et remplir les poches d’un commercial qui me place sur une mission sans autre intérêt que la marge qu’il fera.

C’est encore le cas cette fois-ci, avec une nouveauté : le client ayant demandé un chef de projet sur un domaine très spécifique, je suis instantanément devenu « chef de projet ».

J’ai informé ma hiérarchie que je ne suis absolument pas chef de projet, mon salaire, tout comme mon absence de l’organigramme en sont la preuve, mais il a été décidé que je le serai pour cette mission.

Ca ne changera rien à mon salaire ni à mon travail qui, au final, n’est à nouveau qu’une mission de technicien de base devant exécuter avec attention des centaines de « fiches de test ».

J’ai lu dans la presse que le gouvernement promet de « donner un 13ème mois aux français ».

Me concernant, je serai déjà ravi que me soit rendu mon douzième mois, disparu avec la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires, l’imposition de la part de mutuelle payée par l’employeur et l’augmentation de l’impôt sur le revenu.

Avec cette annonce, j’ai bon espoir.

Cette fois, la boucle est bouclée : non seulement la mission sur laquelle je suis vendu ne m’apportera rien et ne sera qu’un accident de plus sur mon CV, mais surtout, elle correspond très exactement au niveau de compétence que demandait mon premier stage en IUT en 1990.

Pour ceux qui pensent que le COBOL n’est plus utilisé ou est au musée : rassurez-vous, la plupart de vos opérations bancaires sont traitées à un moment ou un autre par un programme dans ce langage, lui même lancé par un JCL (aussi ancien que la COBOL) ou dans un CICS (bien plus récent : 1ère version en 1968).

Et oui, il y a encore des applications à maintenir ou à développer dans ce langage créé en 1959.

Comme les jeunes n’ont pas envie de s’investir sur cette technologie assez peu porteuse pour leur avenir, il faut faire appel à des presque quinquas, même s’ils n’ont pas écrit un programme dans ce langage depuis longtemps (presque 20 ans en ce qui me concerne).

Il serait malvenu de refuser une mission si engageante : la nouvelle direction locale de ma société a déjà commencé son grand ménage.

Celui-ci consiste pour l’essentiel à faire baisser les moyennes d’âge et de salaire, avec des méthodes parfaitement illégales mais à l’efficacité prouvée : « tu me signes cette rupture conventionnelle, sinon je te colle une faute grave et tu es viré ».

La faute en question n’existe pas, mais ça prendra des années aux prud’hommes pour obtenir gain de cause.  Que choisiriez-vous ?

Je vais donc consciencieusement m’ennuyer les prochains mois : ce n’est pas trop grave, c’est près de chez moi.


J’ai souhaité commenter cette chronique sur le site de France Inter :

https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-charline-vanhoenacker/le-billet-de-charline-vanhoenacker-12-avril-2017

Comme ce n’est pas possible, je dois le faire ici.

Cette chronique traitait  du CDI intérimaire qui serait une nouvelle forme « d’uberisation ».

C’est pourtant très exactement la situation dans laquelle se trouvent déjà les prestataires de service en général, et ceux de l’informatique en particulier.

Une différence néanmoins : ces CDI intérimaires proposeraient des missions à 50 km maximum du domicile.

Pas dans les ESN : la mobilité qui y est demandé couvre en général la métropole, parfois même « tous les sites sur lesquels l’entreprise a une activité ».

Il y est aussi question de passer d’un emploi à l’autre (de la compta à l’intendance dans la chronique), c’est moins pire dans les ESN, au détail près que des ingénieurs sont embauchés pour des postes sur lesquels un technicien débutant s’endormirait d’ennui.

Une remarque très bien vue à la fin de cette chronique : « le CDI intérimaire est un hybride, comme une voiture hybride, ça fait pas de bruit quand ça t’écrase ».


« Vous êtes fou d’avaler ça » de Christophe Brusset, ingénieur devenu dirigeant au sein de groupes agro-alimentaires internationaux.

Si les médias se font régulièrement l’écho de scandales alimentaires, ce livre en est une compilation, et surtout, présente les méthodes parfois délirantes utilisées en (presque) toute légalité par les industriels, dans le but unique d’augmenter leur marge en baissant les coûts d’approvisionnement et de fabrication.

Dès les premières pages, une des explications apparaît : « une manière subtile d’interpréter une législation floue, élaborée par des technocrates incompétents sous la pression de lobbyistes de l‘industrie et de la grande distribution. »

Cette législation permet par exemple d’intégrer aux produits des « additifs » sans les mentionner : il s’agit des « auxiliaires technologiques » (1), dont la seule différence avec les additifs, outre leur absence sur l’étiquette, est leur dosage.

Parmi les produits cités en exemple, le poivre : moulu, il est curieusement moins cher au kilo, alors qu’il nécessite un traitement supplémentaire, une partie de la recette de ce miracle est page 154.

Un ingrédient presque omniprésent dans la nourriture industrielle est le fructose, qui favorise la production de ghréline…Hormone qui stimule l’appétit.


Le dernier chapitre est un guide de survie en magasin. Il est détaillé, mais les grandes lignes peuvent se résumer en une phrase : acheter les produits les plus locaux et les moins transformés possibles.

Et bon appétit bien sûr.

(1) : https://www.anses.fr/fr/content/les-auxiliaires-technologiques

C’est arrivé pas plus tard que l’autre soir.

J’étais convié, comme tous les autres employés, à une soirée de présentation de début d’année comme beaucoup d’ESN en font.

Et maintenant, je comprends ce que ressent David Vincent dans « les envahisseurs » : je me sentais comme lui au milieu d’une assemblée de quelques centaines d’incrédules que je ne pourrai jamais convaincre.

Ce type de réunion donne en général lieu à de grandes envolées sur les « valeurs » de la société, ses offres, et l’avenir radieux qui nous attend : cette fois encore, je n’ai pas été déçu.

Lors de la prise de parole d’un cadre de plan national venu voir ses ouailles de province, nous avons eu droit à de la langue de bois, ponctuée de « digital » pour faire bien plutôt que de « numérique », et la répétition des poncifs habituels de la profession.

Il a tout d’abord parlé de l’importance du « capital humain » de l’entreprise. Dans une ESN ? Sans rire ? Le seul capital est le capital, et les quelques cadres et commerciaux qui en profitent. (1)

Oser parler de capital humain quand le turn-over moyen de la profession dépasse les 20% (2), il ne faut vraiment pas manquer d’aplomb, ou bien prendre son auditoire pour une troupeau d’aliénés (un peu des deux je pense).

Il a ensuite, vous l’aviez deviné, parlé des difficultés de recrutement : comment se fait-il qu’il soit si difficile de recruter ?

C’est prendre le problème à l’envers : il faudrait d’abord se demander pourquoi les gens partent.

Il n’y aurait plus alors qu’à recruter pour augmenter l’effectif, pas pour le conserver.

Dans mon entreprise, je fais partie des chanceux, il n’y a que 7 ans que j’ai le même salaire, et pour certains, c’est plus de 10 ans, si bien que les salaires des « séniors » sont sensiblement les mêmes que ceux des « 3 à 5 ans d’expérience ».

Ce qui  est présenté comme une politique RH consiste à attendre que les vieux partent (et ils le font de moins en moins, alors on les aide un peu) et à embaucher des jeunes en leur promettant la lune.

Après 2 ou 3 ans, les jeunes vont voir ailleurs pour une augmentation, et vérifier que les autres promettent les mêmes évolutions illusoires.

Il faut donc recruter toute l’année : les ESN recrutent, en moyenne, l’équivalent de 20% de leur effectif tous les ans, et ce, alors que ce dernier évolue peu.

Pour pallier ce problème de recrutement, la cooptation nous a été vantée : mais comment présenter les qualités d’une entreprise qui me vend au plus offrant pour des compétences que je n’ai généralement pas ? Qui en fin de mission se félicite de m’avoir fait réussir, dans le meilleur des cas, et m’accable s’il y a eu un problème ? Qui trouve toujours un prétexte pour refuser une augmentation ? (3)

Il a été aussi question de la marge qu’il faut absolument augmenter, alors qu’elle est déjà juteuse : j’ai failli partir quand le pantin qui annonçait ça nous a expliqué que c’est pour « investir ». 

Investir dans quoi ? Une société qui ne fabrique rien, n’augmente ni ne forme ses salariés, ne leur reverse quasiment pas de participation ou d’intéressement, utilise du matériel obsolète (le PC « portable » qui m’a été attribué date de 2011, comme le téléphone portable qui va avec et que je partage avec un collègue) : son seul investissement est la rémunération des nouveaux et très gourmands actionnaires.

Bien entendu, durant cette mascarade, chacune des prises de paroles donnait lieu à des applaudissements nourris.

Le plus affligeant est de voir tous ces gens si imbus de leurs importance, et de cet auditoire aussi attentif que crédule.


Finalement, rien de neuf, mais je m’épargnerai ce supplice l’année prochaine.



(1) N’oublions pas que dans les ESN, il est exceptionnel que l’intéressement et la participation représentent plus qu’un repas dans un fast-food : environ 1% du bénéfice généré par les salariés leur est reversé dans l’ESN qui m’emploie.

(2) Aucune entreprise « normale » ne pourrait se le permettre sans se mettre en péril, mais dans ce métier où on ne fait que louer au plus offrant, c’est la norme.

(3) Un classique de l’entretien annuel : si l’année a été bonne, ne nous emballons pas : pas d’augmentation. Si l’année a été mauvaise, impossible de justifier une augmentation.

Le projet sur lequel je travaille en temps que grouillot de base spécialiste des technologies des années 60 (1) est en retard.

La raison principale est que ce très long (plus de 2 ans) projet est très technique, et personne parmi les gestionnaires du projet n'a un profil technique.

Quand je suis arrivé il y a quelques mois,, il y avait 4 personnes pour gérer, et 2 "ressources off-shore" (2) pour faire le travail, alors que le peu de documentation du logiciel est en français.

Depuis, nous sommes 2 ou 3, en France, selon les jours.

Comme le projet a évidemment sérieusement dérapé, il devient impossible de réaliser des tâches parce qu'elles ne sont pas réalisables en parallèle, et personne n'avait prévu qu'elles pourraient entrer en collision suite à divers délais, c'est la panique, et les retards s'accumulent.

Pour résoudre ce problème, lié à l'incompétence technique de ceux qui ont planifié le projet, la solution classique est employée : faire des lampistes les responsables de tous les maux de la terre, et viser en priorités dernières recrues.

C'est arrivé aujourd'hui : moi et un collègue avons été désignés comme ceux à qui on ne peut pas faire confiance, et comme des personnes qui ne donnent pas de visibilité sur leur activité, en gros des incapables ingérables.

Ces compliments ont été proférés durant un "meeting" de haut niveau, en notre absence, mais nos noms ont été donnés en pâture au donneur d'ordre final.

Il est fort probable que ce dernier sera dupe, ou fera semblant de l'être, puisqu'il doit aussi justifier de son retard, ou du moins désigner des coupables, ce qui soulagera tout le monde.

La morale de cette histoire est qu'il vaut mieux être chef de projet sans rien comprendre de ce qui se fait, plutôt que technicien qui maîtrise son sujet.

Je devrais très rapidement avoir des nouvelles de mon cher employeur : le connaissant, il est possible que ce soit effectivement de ma faute, et que je doive payer au prix fort le désastre qui m'est imputé. 

Heureusement, la peine de mort abolie, le pôle emploi est ouvert, et c'est bientôt noël.

(1) Si, si, le Cobol et le JCL existent depuis plus de 50 ans.
(2) C'est ainsi qu'ils sont désignés par les "project managers" : ce sont des indiens nouvellement formés à ces technologies ancestrales, et qui n'ont pas encore d'autonomie sur le projet.

Le qualité de l’information des journaux télévisés n’a jamais rien eu de remarquable.

Un exemple de plus hier soir, sur la 1ère chaîne (désolé, la « box » démarre toujours sur le canal 1), où un reportage sur la pénurie d’informaticiens nous a été proposé.

Le journaliste a dès le début étalé toute sa compétence en présentant le sujet, puisqu’il a parlé du manque de « programmateurs » : pour sa gouverne, les programmateurs se trouvent dans les appareils ménagers et les stations de radio.

Quelqu’un qui programme, c’est un programmeur, merci pour eux (et pour moi en ce moment).

Viennent ensuite l’inévitable quinquagénaire qui se recycle avec brio, et la non moins inévitable RH qui explique combien elle apprécie les programmeurs, et combien ils sont utiles.

Il y a aussi un chiffre : il y aurait 50 000 (oui, cinquante mille) postes ouverts par an dans le domaine.

Ce chiffre n’a aucun sens, puisqu’il représente les offres, non pas les créations de postes : le turnover de plus de 20% dans les ESN rend obligatoire un recrutement permanent pour maintenir l’effectif.

De plus, la France forme suffisamment d’étudiants aux métiers de l’informatique (1).

Quant à la prétendue pénurie , voir ici : https://munci.org/Penurie-d-informaticiens-un-mythe-planetaire

Il est aussi expliqué dans ce reportage comment apprendre ce métier, si vous aimez les maths, 3 mois suffisent : pour coder avec les pieds, c’est en effet plus que suffisant.

Il faut prévenir l’éducation nationale d’urgence et réduire drastiquement la durée des BTS et autres IUT informatiques, pour lesquels 2 ans sont nécessaires pour pour apprendre à le faire correctement  (Certes on n’y apprend pas que ça, mais de la à le faire en 3 mois…).

Ce serait si simple, mais la réalité est que programmer ne se résume pas à aligner des lignes code qui s’exécutent correctement (n’importe qui avec un minimum de logique peut le faire), c’est prendre en compte l’ensemble des contraintes d’un système d’information, savoir utiliser des bases de données, des normes, des méthodes, etc.

Et là, en 3 mois, bon courage.

Ensuite, le très attendu chapitre sur la rémunération : d’après ces brillants enquêteurs, on peut espérer, comme débutant, jusqu’à 2500 euros nets par mois.

C’est curieux, c’est sensiblement ce que je gagne avec un bac+5 et plus de 20 ans d’expérience.

Ne nous affolons pas pour autant, c’est aussi ce que gagne la majorité de mes collègues de profil similaire, il est vrai que c’est en province.

Ce qu’évite surtout de dire ce « reportage », c’est que le métier de développeur est méprisé en France, surtout dans les ESN/SSII, et c’est même un métier à fuir le plus vite possible pour espérer une évolution de salaire et de carrière. 

La France est dans ce domaine aux antipodes des pays civilisés, dans lesquels un développeur expérimenté, donc meilleur, est valorisé : il ne faut pas oublier que c’est grâce à lui que les logiciels fonctionnent.

Ailleurs un programmeur avec 20 ans d’expérience est un expert qui est respecté et bien rémunéré : comme tout expert.

Ici, un programmeur avec 20 d’expérience est un raté qui n’est pas capable de devenir chef de projets (ce qui signifie souvent « chef de feuille Excel », mais ne le répétez pas).

C’est curieux cette impression de se répéter article après article, année après année.

Mais bien entendu je m’égare, il ne s’agit là que des propos tenus par un presque quinquagénaire aigri par une carrière et une rémunération insignifiantes : allez-y tous, dans trois mois vous gagnerez plus que moi.


Un nouvelle mission, et rien ne change.

Dès mon arrivée, on m’a bien fait comprendre qu’un « technique » comme moi, avec ses mains pleines de cambouis, n’aurait jamais la considération des responsables du projet : pour eux, forcément, si j’accepte ce boulot à mon âge, c’est que je suis mentalement déficient et / ou incompétent (en fait un peu des deux, mais il ne le savent pas encore).

De plus, il y a sur ce projet une guerre entre les 2 principaux sous-traitants.

N’étant d’aucune de ces 2 sociétés, c’est sur mon dos que tout le monde tente de régler ses comptes.

Un exemple : je demande au sous-traitant N°2 des documents pour pouvoir travailler. 

Celui-ci me dit qu’il les a déjà envoyés au sous-traitant N°1, à qui je dois les demander.

Le sous-traitant N°1 répond un heure plus tard dans un mail expliquant qu’il ne les a jamais eus.

Le sous-traitant N°2 me les envoie 3 heures plus tard : une demi-journée perdue pour des problèmes d’ego.

Ca promet, d’autant que les retards accumulés sur le projet rendent impossibles de nouveaux dérapages.